Visite au château de Paracolls (Campoma, Campôme) le jeudi 1er mai 2025

Note succincte de visite.

A la demande de l’association Pedres i Memòria, de Molig-les-Bains, adhérente de l’ASPAHR,
une sortie a été organisée par l’ASPAHR sur le site des ruines du château de Paracolls, qui domine
celui de l’établissement thermal de Molig.

L’histoire du site a fait l’objet de certains exposés depuis longtemps, et des descriptions
archéologiques en ont été publiées : Anny de Pous, Joan Badia i Homs (1995), Lucien Bayrou
(2013). Le but de la visite n’était pas, cependant, de réaliser ou poursuivre une étude archéologique,
mais d’examiner l’état du site, dont la conservation préoccupe à juste titre l’association Pedres i
Memòria et de formuler les observations possibles à ce stade, dans la perspective d’une démarche
de conservation. Cependant, l’intérêt archéologique du site est immédiatement apparu important,
ayant d’autres aspects que celui d’une fortification médiévale. Le site collinaire, certains vestiges,
font penser à une origine antique et à un lieu de peuplement : points qui seront à approfondir en tant
que de besoin. Michel Martzluff, archéologue, présent à la visite, a manifesté son intérêt pour le site
et annoncé son intention d’en approcher l’étude.

Quoiqu’il en soit, le site est principalement, en ce qui concerne les vestiges en élévation, un site
castral médiéval. Ses structures sont assez apparentes, bien que ruinées et malgré la forte
végétalisation du site.
Ces vestiges sont principalement ceux :

  • de la chapelle
  • de bâtiments (tours) situés au sommet du site
  • de remparts extérieurs.

Pour apprécier l’état d’intégrité de ces vestiges, on dispose d’un point de repère assez démonstratif :
le dessin de Charles-Stanislas L’Éveillé, réalisé durant son séjour en Roussillon, entre 1815 et
1821 :

Sur cette image, on peut distinguer assez nettement la chapelle, les structures du château et le
rempart extérieur, situé plus bas. Si la chapelle est restée debout, ainsi que le rempart extérieur, les
structures du château ont été notablement altérées en deux siècles. On peut ainsi tout de suite
observer que la destruction de Paracolls n’est pas l’œuvre d’une destruction volontaire pour des
raisons stratégiques (comme l’ont été les châteaux d’Ultrera, de Rià ou de Carol, etc), mais le
résultat d’un processus spontané, dû à l’action des éléments atmosphériques et, bien entendu à
l’absence tout entretien ou action positive de conservation (à l’exception, peut-être, de la chapelle).
Des structures centrales, qu’on pourrait qualifier de « tour », d’après le dessin de L’Éveillé, pour la
plus haute, ne subsistent aujourd’hui que quelques pans de murs, dont les élévations donnent au site
son aspect actuel, à quatre « pitons » ou « chandelles » qui dépassent du profil du site :

Une mission photographique par drone a été commandée par l’association, sur la recommandation
de l’ASPAHR, à M. Frédéric Hédelin.

Les photos de grande qualité qui ont été réalisées permettent de situer les vestiges en plan :
en haut de la photo, le rempart extérieur, au centre le château, en bas la chapelle (à droite).
L’examen des lieux par les participants à la visite de l’ASPAHR met en évidence les aspects
suivants :

  • le site est fortement végétalisé, et par endroits difficilement praticable
  • il y a de nombreux éboulis, pierres instables, passages escarpés ou difficiles : on peut considérer
    que la promenade sur place expose à un certain risque pour les personnes.

En ce qui concerne les vestiges bâtis :

la chapelle

La chapelle possède encore sa voûte, et trois murs sur quatre. Elle n’a pas de couverture, sa voûte
est percée et ses maçonneries sont très précaires en certains endroits.
Il est prévisible que la ruine complète de l’édifice est certaine à moyen ou court terme ; une
confortation générale des maçonneries, par rejointoiement, relancis de pierres, coulis de mortier est
nécessaire ; une couverture est également à prévoir.

les vestiges du château

Ceux-ci pourront être mieux décrits à l’occasion d’un retour sur site dans un esprit archéologique, et
avec le concours d’historiens et archéologues. Toutefois, pour l’instant il ne s’agit pas de distinguer
ce qui a pu être un « donjon », un « logis », une « porte ». Ce qui caractérise les vestiges présents
sur le site, c’est leur caractère très fragmentaire et leur élévation importante par rapport à leurs
dimensions. Ces éléments, élancés, et dont les maçonneries exposées aux éléments ont été
« lessivées » sont éminemment fragiles. Le peu de cohérence des maçonneries, associé à une
hauteur importante par rapport à leur surface de base les rend particulièrement fragiles, qui peuvent
être purement et simplement, en tout ou partie, renversés par le vent ou les intempéries. Certes, l’un
d’entre eux, au moins, est suffisamment imbriqué avec le rocher d’assise ce qui rend ce risque
moindre. Mais il est particulièrement avéré pour d’autres.

Le seul remède envisageable est la confortation des maçonneries, selon des méthodes
traditionnelles (cf. plus haut), mais il peut s’agit également d’augmenter leur résistance statique en
élargissant leur base, au moins de part et d’autre. Ce n’est là qu’une idée générale, pour pallier le
désavantage de maçonneries élancées, peu cohérentes et sans base suffisante. Un véritable projet
sera nécessaire.

Angle de mur en partie sommitale. La forme en angle ainsi que l’association au rocher rend cet
élément moins vulnérable. Toutefois, il s’érode par le sommet et des pierres s’en détachent.
Fragment de mur sur la plate-forme au sommet du site (extérieur et profil). L’élancement du vestige
et son peu de cohérence en font une cible principale pour une disparition à court terme.
Outre la question de la fragilité due à l’élancement, les vestiges souffrent de toutes façons de la
dégradation des maçonneries dans leurs parties sommitales ou exposées, des pierres s’en détachent
peu à peu. Le rythme de cette dégradation n’est peut-être pas très rapide, mais il est inéluctable.
Si l’on se rapporte à l’état du château selon L’Éveillé (1816/1820), pour mesurer sa vitesse de
disparition, on ne peut que constater que moins d’un demi-siècle suffira à son effacement complet.

Perpectives à long terme

Les perspectives à moyen et long terme pour la conservation des vestiges de Paracolls ne peuvent
être qu’une reprise en main complète du site, l’amélioration de son accessibilité et de la circulation
à l’intérieur (dévégétalisation raisonnée) et une restauration des vestiges en élévation par les
moyens appropriés, bien connus dans le secteur du patrimoine : rejointoiement, apport de matériau,
protection des hauts de murs, etc. Une planification serait nécessaire pour traiter le plus urgent en
priorité.

En fonction d’une étude archéologique du site, on peut en outre envisager des déblaiements, au
moins partiels, des constructions effondrées, améliorant la lisibilité du site et des vestiges. Un
cheminement, un circuit de visite, devraient être établis.
La plupart de ces éléments cités ci-dessus ont d’ailleurs déjà été listés et présentés par l’association
Pedres i Memoria, sous la plume de M. Jean-Pierre Brusson, architecte.

À court terme

Il est malheureusement difficile d’envisager des interventions palliatives à court terme en dehors
d’une planification d’ensemble.

Il est important de définir dans un premier temps qui peut être le maître d’ouvrage pour la
conservation du site, soit le propriétaire, soit un délégataire, association ou personne publique le cas
échéant.

Il est également important de saisir la DRAC dès que possible afin de solliciter la protection du
site au titre des Monuments historiques. Cette procédure reconnaîtrait la qualité du site, et serait
un facteur de mobilisation pour d’autres partenaires institutionnels potentiels (collectivités
territoriales).

La fréquentation du site est rendue dangereuse par les risques élevés d’éboulements ou autres. Il faut
alerter la Chaîne thermale du soleil afin qu’elle en interdise l’accès ou au minimum avertisse du
danger encouru.

La chapelle devrait être prioritaire dans les réflexions : elle nécessite une intervention de
restauration urgente.

Une partie de l’aménagement du site (débroussaillage, déblaiements avec rangement des matériaux
sur place) avec des moyens limités permettrait dans un premier temps d’améliorer l’accessibilité
pour des intervenants. Des interventions au moyen de pierres sèches pourraient être étudiées :
certains éléments du site pourraient être traités, au moins provisoirement, dans cette technique.

Mai 2025 — ASPAHR

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